Dissertation Philosophique Conscience

 

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SujetNiveau Note
Aristote, Ethique à Nicomaque (livre X, chapitre
6(1176 b 27 – 1177 a 6)
(merci à Paul !)
Terminale 12/20
Aristote, Physique, Livre IV Terminale L14/20
Pierre DUHEM, La théorie physique, son objet, sa structure, c.V "la loi de physique", �IIDeug 2 ième année14/20
Pascal, Pensées (1670), fragement 172Terminale L15/20
Kant, Anthropologie d'un point de vue pragmatique (situation du texte à vérifier)Terminale S 
Kant, Logique (1800, trad. Guillermit, éd. Vrin 1966, pp25-26.) Passage sur les domaines de la philosophie.newTerminale SCorrigé du professeur.
Kant, Qu'est-ce que les lumières? Terminale S13/20
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Malebranche, Texte sur la vérité Terminale S12/20
Spinoza, extrait du Traité Théologico-politique(texte sur la liberté)Terminale S15/20

 

 

La conscience de soi rend-elle libre ?

Introduction :

Une première expérience nous montre que la pensée n’est rien en soi, mais porte toujours sur quelque chose : « Je pense à quelque chose ». Cet état psychique qui marque notre présence au monde s’appelle la conscience immédiate, c’est-à-dire, d’après l’étymologie de conscience (cum scienta, accompagné de savoir), prendre connaissance de ce que l’on perçoit. Cependant, cette saisie immédiate du monde peut se rapporter sur notre propre activité de pensée, on parlera alors de conscience de soi. Mais est-il seulement possible de se penser alors que l’on se perçoit de différentes manières et à des instants distincts ? Comment accéder à cette pensée de soi si la conscience elle-même ne porte pas sur un objet qu’on expérimente dans l’action ? Enfin, si cette conscience de soi, si elle est possible, ne permet-elle pas d’agir en «  connaissance de cause », en maitrisant ce que l’on n’est capable de faire sans subir des déterminismes ? Autrement dit, la conscience de soi rend-elle plus libre ?

1-      Avons-nous un libre accès à la conscience de soi ?

A-    un «  moi » qui est multiple

La question « Qui suis-je ? » peut sembler insolite dans la mesure où, au-delà du simple fait de décliner son identité, personne d’autre que moi n’est mieux placé pour y répondre. Cependant, si on me demande une réponse exacte, voire scientifique, ce sentiment d’évidence s’évanouit rapidement. En effet, la pensée de ce « soi » semble difficile car il se dit de plusieurs façons. Par exemple, comment rendre compte de ce que je suis alors que je suis soumis au temps (vieillissement). Comment affirmer que je suis un être à part entière autonome et libre alors même que je suis inscrit dans un processus historique (individuel et collectif) ? Comment rendre compte de ce que je suis alors même que je peux avoir des qualités contradictoires (incohérences, folies), et que les autres me renvoient des images différentes de moi-même ? Comment comprendre mon unité alors même que je suis composé d’une âme et d’un corps ? Quel est ce soi ?

La connaissance de soi est d’abord l’expérience que je fais de moi, ou que les autres font de moi à travers différents états. En ce sens, Pascal montre que le moi est insaisissable dans la mesure où l’on ne peut pas faire l’expérience de son unité. Une personne est toujours perçue à travers ses différentes qualités, et c’est à elles que l’on s’attache. Quand on aime quelqu’un, on s’attache toujours à des caractéristiques physiques ou morales. La perte de ces qualités laisse place au désamour.

B-    La possibilité de dire «  je »

Mais l’unité de la personne est présupposée par le pouvoir de dire «  je ». En effet, pour Kant l’homme se distingue ainsi des autres êtres vivants. Très tôt l’enfant dit «  je », un an après l’acquisition du langage. A partir de ce moment-là, il se saisit par l’entendement, il se pense, tandis qu’avant il ne faisait que se sentir.

Le pouvoir de dire « je » désigne l’unité d’une même conscience, qui se maintient malgré les différentes représentations. Ce pouvoir de dire «  je » permet à l’homme de s’affirmer en tant que personne, en tant que sujet, à la différence des animaux, considérés comme des choses dont on dispose à sa guise, comme des objets.

Par définition, le sujet c’est celui qui pense, et qui agit tout en pensant ce qu’il fait : c’est un pouvoir de détermination et d’autodétermination. En ce sens, la conscience permettrait d’agir par soi-même, en étant sa propre cause, bref, en étant plus libre.

Malgré la pluralité des moi empiriques, il y a un principe d’unificateur qui fait d’un homme un sujet, une personne. Ce principe réside dans la capacité de penser grâce à l’entendement. Ce « je » désigne aussi la possibilité d’être une seule et même personne, capable de répondre de ses actes, donc d’être un sujet moral et par là même d’être responsable devant la loi, à savoir d’être un sujet juridique. La dignité de l’homme, sa possibilité d’agir librement, son pouvoir de déterminer et de se déterminer, repose donc sur l’identité de la personne qui s’appuie sur la conscience de soi. Mais comment se construit ce lien entre conscience de soi et liberté ?

2-      L’action libre permet à l’homme de prendre conscience de lui

A-    La réalisation de soi dans le travail

L’homme se distingue donc de l’animal par sa qualité de sujet, c’est-à-dire sa capacité à s’autodéterminer et à agir sur le monde qui l’entoure. Il est capable de transformer la nature de façon consciente et volontaire pour qu’elle lui soit utile : c’est ce qu’on appelle le travail. Le produit du travail est donc l’extériorisation, l’objectivation d’une intention humaine.

Ainsi, pour Hegel, la conscience vient à soi-même par la médiation du travail. En travaillant, la conscience bute sur un objet extérieur, elle est obligée de différer son désir, dont l’assouvissement ne peut être immédiat. Mais par le biais de ses capacités, elle «  façonne » l’objet, l’assujettit à elle-même. L’objet, ainsi transformé, devient la marque, l’expression de ce qu’elle peut faire, de ce qu’elle est. De la même manière, un enfant a du plaisir à lancer des cailloux   dans l’eau pour pouvoir contempler son œuvre. En différant ses désirs, le travailleur s’élève au dessus sa condition animale, il construit un monde dans lequel il peut se reconnaitre. Par le travail, l’homme se libère de la nature et passe de la conscience à la conscience de soi. Ce désir de s’approprier l’objet permet à la conscience, par son travail, de se confronter à ce qui est extérieur à elle. C’est ce regard sur ce qu’elle est et peut faire qui lui fait accéder à la conscience de soi. Mais si on peut plutôt affirmer que c’est la liberté d’agir qui permet d’accéder à la conscience de soi.

B-    L’existentialisme

Sartre va encore plus loin : non seulement l’action permet d’accéder à la conscience de soi, mais ce «  soi » ne préexiste pas à l’action. Au contraire, il est constitué par elle. En effet, selon l’existentialisme sartrien, l’homme a ceci de particulier que son existence précède, ce qui signifie que l’homme existe d’abord et se définit ensuite. Autrement dit, ce sont ses actes qui le définissent, et comme l’homme est toujours soumis au devenir, on ne peut pas le qualifier définitivement. Il est indéfinissable. Exister consiste alors à se choisir, à être libre en dépassant ce qui pourrait être la définition de son essence. Ainsi l’homme n’est pas « libre », mais en perpétuelle libération. Et c’est cette perpétuelle libération qui permettrait d’affiner la conscience de soi.

Renoncer à ce dépassement de soi en s’identifiant à ce que l’on croit être est ce que Sartre appelle «  la mauvaise foi » : cela consiste à dire que l’on ne peut faire telle ou telle chose parce que l’on «  est » ainsi. On s’interdirait d’agir, on renoncerait à sa liberté » au nom d’une mauvaise conscience de soi, une conscience de soi déjà dépassée. En ce sens, la conscience de soi est un déchirement car on ne car on ne coïncide pas avec soi-même, avec ce que l’on croit. Ne faut-il pas distinguer conscience de soi et connaissance de soi ?

3-      Comment être libre s’il existe une part d’inconnu en nous ?

A-    La thèse de l’inconscient :

Il y a des états qui témoignent d’une activité psychique qui ne se confond pas avec la conscience.  Ainsi, avec des oublis, de la distraction, des évanouissements ou encore des rêves, l’homme semble vivre dans un état d’inconscience. Il y aura donc une part psychique en moi qui m’échappe.  Lorsqu’ j’ai conscience « que » je suis, je n’ai pas nécessairement conscience « de ce que » je suis ; cette conscience n’est pas une identification. Ainsi, selon Kant au paragraphe 25 de la Critique de la Raison Pure : «  la conscience de soi-même n’est donc pas encore, il s’en faut, une connaissance de soi. » Quelle est donc cette part de mon psychisme qui échappe à ma conscience ? Est-ce le moment d’une conscience mal éveillée, peu attentive, encore confuse ? En ce sens, ce qui échappe au moi désigne un degré moindre de la conscience, c’est-à-dire une forme d’inconscience. Mais n’y a-t-il pas quelque chose qui résiste cependant à toute attention soutenue et de la conscience ?

Avec Freud, l’inconscient est considéré comme une entité psychique radicalement différente, indépendante de la conscience, une faculté dynamique qui n’est pas seulement son négatif ou encore l’inconnu d’ordre corporel que l’on a oublié. Pour montrer l’action de l’inconscient dans la vie courante de tout homme, il expose dans son Introduction à la psychanalyse une histoire arrivée à un jeune homme. Celui-ci ne sait plus où il a rangé le cadeau reçu de son épouse avec qui il est en froid. Mais lorsque que son éprouve lui prouve son dévouement en soignant sa mère, il retrouve comme par hasard le cadeau «  perdu » dans un tiroir de son bureau. L’oubli n’est donc pas volontaire, mais semble provoqué inconsciemment par les relations du couple.  Dès lors, si l’importe qui peut être déterminé par des processus inconscients, comment la liberté peut-elle être possible ?

B-    L’analyse comme libération

La psychanalyse telle que l’a inventé Freud n’a pas pour but d’enfermer l’homme dans un déterminisme psychologique, mais au contraire se soigner en libérant ses pulsions destructrices. Pour ce faire, la cure psychanalytique place le patient dans un dialogue avec un autre, le psychanalyste, qui a pour effet d’amener par un dialogue maïeutique le patient à prendre conscience de certains de ses désirs, de certains états inconscients susceptibles d’engager des névroses. L’objectif n’est pas de permettre ensuite d’assouvir tous ses désirs sans retenue, mais au contraire de mieux se connaitre afin de concilier sciemment principe de plaisir et principe de réalité. Le patient n’est plus soumis à ses pulsions inconscientes destructrices. En ce sens, Ricœur dit que «  « l’analyste est un accoucheur de liberté ». Prendre conscience de soi par l’acceptation qu’il existe une part d’inconnu en nous, c’est prendre le chemin de la liberté. Ici, prendre conscience de soi ne signifie pas découvrir une vérité, mais découvrir ce qui fait sens pour nous, c’est-à-dire ce qui nous meut, ce qui donne «  un sens à la vie », ce qui nous oriente, nous donne une direction.

Conclusion :

La conscience de soi rend-elle libre ? Oui dans la mesure où elle est constitutive du sujet, et donc du pouvoir de s’autodéterminer. Mais «  prendre » conscience de soi semble présupposer la possibilité d’agir librement : c’est en transmettant la nature que l’on prend conscience de ses compétences. Cependant, l’homme semble encore prisonnier d’un certain déterminisme psychologique œuvrant par l’effet refoulant de l’inconscient. En ce sens, seule l’analyse permet de s’en libérer : c’est alors la conscience de soi en tant qu’être doté d’un inconscient qui pourrait rendre libre.

Source: annbac, Sujets corrigés, Philosophie, Hatier, 2010,

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